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Des centres de rééducation prisons

ruyigi

Résultats en demi-teinte des deux centres de rééducation pour mineurs en conflit avec la loi. Reportage dans celui de Ruyigi.

Au bord de la RN 13 (166 Km de Bujumbura), à trois kilomètres et demi du chef-lieu de la province Ruyigi se dresse le centre de rééducation de mineurs en conflit avec la loi de Rutimbura. Un centre qui colle à la célèbre Maggy, de son vrai nom Margueritte Barankitse, initiatrice de la Maison Shalom.

Le nom de Maggy est connu de tous les soixante-cinq enfants pensionnaires de ce centre, y compris la dizaine de jeunes transférés de la prison pour mineurs de Ngozi, il y a trois semaines. « Quand nous sommes arrivés ici, ceux qui nous ont accueillis nous ont dit que le centre a été construit par Maggy. Elle suppléait dans l’alimentation des jeunes notamment en fournissant des légumes et du riz. Les mineurs apprenaient la mécanique automobile », témoigne un d’eux. Un autre de renchérir : « Avant la fermeture de la maison Shalom, Maggy dépêchait une ambulance pour évacuer un mineur malade. Aujourd’hui, ce sont les détenus de la prison de Ruyigi qui nous évacuent sur un brancard. Si le cas n’est pas grave, nous allons à l’hôpital à pied. »

Des peintures attractives

Vu de l’extérieur, c’est un centre attrayant. Sur la clôture, des peintures d’enfants qui jouent à la marelle, qui font du saute-mouton ou qui sautent à la corde. A s’y méprendre, tout laisserait penser à une école maternelle. Un élément suspect : des miradors à chaque coin de la bâtisse et la présence de la police pénitentiaire.

A l’intérieur, ce sont toujours les mêmes peintures sur les murs. Il y a des bâtiments de part et d’autre d’un terrain de football. D’un côté, on a une salle polyvalente, un réfectoire et une cuisine. De l’autre extrémité, se trouve un bâtiment réservé à l’apprentissage des métiers, un autre sert de dortoir. Il y a aussi un bâtiment des sanitaires. Le centre comprend aussi un bâtiment administratif.

Les jeunes affichent un look impeccable, ils portent des habits propres. Mineurs au moment de leur arrestation, certains ont déjà atteint l’âge de la majorité.

A 11h, quand sonne l’heure du repas, visages illuminés, les enfants se présentent au réfectoire, chacun avec son assiette. Ce sont ces enfants qui se préparent les repas. Ils se relayent à la cuisine et se font aider d’une cuisinière. « Des fois, nous mangeons des repas mal préparés quand c’est le tour de ceux qui ne savent pas faire la cuisine ». Au dortoir, les enfants sont contents de n’être pas à l’étroit et de coucher dans une bonne literie.

Pour leur épanouissement physique, les enfants jouent au football. Le centre organise aussi des matches avec les autres enfants non détenus.

Signalons que ce centre a été érigé par la Maison Shalom sur financement de l’UNICEF. Il a été inauguré le 24 avril 2015. Il ne reçoit que des jeunes garçons en conflit avec la loi.


Mi- échec, mi- succès

Pour les enfants, la situation est presque intenable. Les officiels reconnaissent quelques défis mais parlent de « début prometteur ».

Frédiane Simenya : « Malgré des défis, la rééducation est un succès. »

Même si les enfants semblent épanouis, ils constatent qu’ils sont presque privés du droit de visite. « Nous sommes à l’autre bout du monde, loin de nos familles. Personne ne vient nous voir. Il nous est difficile d’avoir ne serait-ce que mille francs de crédit téléphonique pour communiquer. » Le droit de visite est cher à tout détenu, à fortiori aux mineurs. « A Ngozi, nos familles nous apportaient de la banane ou du riz. Elles complétaient la ration de farine de manioc ou de maïs et de haricot normalement fournie par la direction générale des affaires pénitentiaires (DGAP). »

Les enfants déplorent aussi la rupture de l’alimentation en eau du centre. Ils sont obligés d’aller puiser l’eau à deux kilomètres. Le manque d’une infirmerie inquiète aussi ces jeunes.

Les enfants ont l’impression d’être confinés dans le farniente. « Nous souhaiterions apprendre la mécanique automobile. Nous sommes assez robustes pour fixer les boulons. »

L’Association volontaire pour la défense des prisonniers (AVDP) fait le même constat que ces enfants. Son président, Jean Pierre Ninteretse, déplore aussi le fait que faute de personnel compétent, certains matériels ne sont plus exploités après le retrait de la maison Shalom en novembre 2015. Mais il se félicite quand même que ces enfants soient séparés des détenus adultes, notamment ceux qui ont commis de lourdes infractions.

Un succès pour les officiels

Léonard Nijimbere, directeur de ce centre, parle d’un bilan positif. « Les enfants ont été bel et bien rééduqués. Et pour preuve : sans escorte policière, ils vont puiser l’eau ou se rendent à l’hôpital au centre-ville de Ruyigi. Une seule défection signalée. » Mais, à notre passage à ce centre, nous avons constaté que les jeunes qui se rendaient au centre-ville étaient escortés de deux policiers.

Pour lui, la rééducation a consisté dans les séances de causerie avec les enfants et des séances de formation patriotique. Les enfants suivent des séances de formation en matière d’hygiène et de lutte contre les maladies sexuellement transmissibles et contre la toxicomanie.

Mais il constate qu’il est le seul psychoclinicien dans ce centre qui devrait être plutôt doté d’un personnel spécialisé en psychologie et en sciences de l’éducation au fil du temps.

La DGAP parle aussi de la réussite de ces centres, malgré quelques défis. Frédiane Simenya, chef du service social, fait remarquer que les deux centres de rééducation (Rumonge et Ruyigi) sont dirigés par des psychocliniciens. Des organisations telles Terre des Hommes appuient aussi dans l’encadrement psycho-social. Sur ce, il fait remarquer que la Maison Shalom était un des partenaires comme l’IRC, la Fondation Stam, FVS etc.

Pour Mme Simenya, la DGAP effectue, avec l’appui de l’UNICEF, son principal partenaire, des missions de suivi et d’encadrement, et du personnel et des enfants. La DGAP le fait aussi en collaboration avec les autres partenaires.

Bien plus, les assistants sociaux des centres de développement communautaire et du ministère des Droits de l’Homme, des Affaires Sociales et du Genre appuient notamment dans les procès.

Avec la formation professionnelle post-fondamentale, la DGAP envisage plaider pour voir comment les mineurs en conflit avec la loi pourraient bénéficier de la formation aux côtés des enfants des environs. Pour elle, l’apprentissage de la mécanique automobile est l’un des métiers possibles, mais faut-il avant tout que les enfants apprennent à lire et à écrire.

 

 

 

Iwacu

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