1er juillet 1962 : Il a descendu le drapeau du colonisateur belge

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Il s’appelle KAMURARI Nicodème, cet ancien officier de l’armée burundaise dès son existence dans les années 1960. C’est bien lui qui a descendu le drapeau belge devant le Mwami du Burundi, Mwambutsa IV Bangiricenge, les membres du gouvernement burundais, les émissaires du roi belge et les autres invités, tant nationaux qu’internationaux en cette occasion spéciale. Le Burundi n’est plus gouverné par les belges, il est gouverné par les burundais eux-mêmes.
Qui est alors KAMURARI Nicodème ?
Kamurari Nicodème est né en 1941 sur la colline et commune Gashikanwa de la province Ngozi. Il commence ses études primaires en 1951 à l’école primaire de Gashikanwa qu’il complète à la mission de Murehe en commune Marangara.

En 1956 il entame ses études secondaires à l’école normale des Frères de la Miséricorde, à la mission de Rugari en province de Muyinga, qu’il complète en juin 1960 comme moniteur-enseignant diplômé.
Après ses études, Kamurari intègre l’armée qu’il quittera prématurément avant que le Rwanda et le Burundi accèdent à l’indépendance, leurs armées étaient constituées par des militaires congolais qui assuraient la sécurité au service des colonisateurs belges qui dirigeaient le Congo et le Ruanda-Urundi.

Il s’avérait indispensable que les deux pays aient leurs propres armées qui assureraient la sécurité après le départ des étrangers.

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« C’est pour cette raison que les belges ont entamé une formation militaire aux jeunes burundais qui, auparavant, étaient considérés par ces étrangers comme incapables.

Aujourd’hui tout le monde est témoin du courage des militaires burundais, qui effectuent même des missions de paix dans d’autres pays grâce à leur bravoure, » c’est Kamurari Nicodème qui le dit.
Parallèlement avec la formation des trois premiers officiers burundais, nommément Michel Micombero, Charles Karorero et Jérôme Ntungumurane en Belgique, les premières formations d’hommes de troupes burundais se sont déroulées en 1959 dans les localités de Lukandu et Kongolo à l’est du Congo. Ils avoisinaient 200 personnes selon toujours cet ancien officier de l’armée burundaise.
Kamurari n’ira pas à Loulouabourg à l’Ecole des Officiers, à cause de la guerre au Congo. Le 15 juillet 1960, il est enrôlé dans l’armée à Gitega et est parmi les premiers militaires burundais à être formés sur le sol burundais.
En 1961, il entre à l’école des officiers (actuellement Institut Supérieur des Cadres Militaires, ISCAM), une occasion qui lui donnera plus tard en 1965 la chance d’effectuer un stage de six mois à Arlon, une ville située au sud de la Belgique. Il quitte l’armée en 1970 au grade de capitaine.
Quand le Burundi se prépare à l’acquisition de son indépendance vis-à-vis de la Belgique en 1962, Kamurari Nicodème est chef de premier peloton au sein de la première compagnie Bujumbura commandé par un officier belge au camp Muha, le commandant Pletinkx.

Son nom a été sélectionné par l’état major général qui le présentera au Mwami qui, à son tour, devra sélectionner les noms de deux officiers parmi plusieurs noms lui présentés, l’un de celui qui devra descendre le drapeau belge qui était hissé dès 1919, et l’autre de celui qui devra hisser le drapeau burundais le 1er juillet 1962, symbole de l’indépendance.
Parmi tant de noms présentés au Mwami, le sous-lieutenant Kamurari Nicodème descendra le drapeau belge, alors que le capitaine Burasekuye Marcien, commandant en second de la compagnie commando de Gitega, hissera le drapeau du nouveau-né, le Burundi indépendant.
De quoi se souvient-il de cet événement historique ?

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« Nous sommes le dimanche 1er juillet 1962 à 10 heures à Bujumbura, je suis avec le capitaine Burasekuye Marcien au stade de l’indépendance, actuellement Stade Prince Louis Rwagasore, devant une foule extraordinaire et de hautes personnalités.

Trois pas en avant, la Brabançonne, hymne belge, retentit, je descends, une fois pour toute, le drapeau belge qui flottait sur le pays depuis des années ; je plie le drapeau, trois pas en arrière.
Le capitaine Burasekuye Marcien fait trois pas en avant, l’hymne national Burundi bwacu retentit, il hisse le drapeau du Burundi. Trois pas en arrière, salut militaire alors que moi je tiens à la main le drapeau belge comme tu peux le voir sur la photo, 21 coups de canon, fini avec la colonisation, le Burundi est indépendant. C’était un grand honneur inoubliable. » Le récit de Kamurari.
Mais il y a certains qui disent que c’était à minuit ! « Oh ! (rire), ça fait longtemps ! 50 ans c’est beaucoup ! C’est moi-même qui ai descendu le drapeau belge à 10 heures. Mon collègue a hissé le drapeau burundais à 10 heures ! On le voit bien sur la photo que c’était la journée ! » insiste le vieux dynamique Kamurari Nicodème.
Et après le service militaire ?
Après cette retraite, Kamurari Nicodème s’occupera de différentes activités professionnelles jusqu’à l’avènement de la 2ème République en 1976, qui créera le ministère de la jeunesse, des sports et de la culture.

Il est nommé Inspecteur National des sports au sein du nouveau ministère créé par le colonel Jean-Baptiste Bagaza et dirigé par Emile Mworoha, avec tâche primordiale la promotion des fédérations sportives.
C’est cette tâche qui lui donnera la chance d’effectuer un stage de formation de deux ans en France, de 1985 jusqu’en 1987, et qui lui ouvrira les portes au monde.
« J’ai travaillé pendant 34 ans au service des sports. Cette fonction m’a permis non seulement de garder mon habileté sportive, mais aussi d’effectuer plusieurs missions dans plusieurs pays, » dit-il.
Comme retraité après ce long parcours, Kamurari Nicodème a été caractérisé par une souplesse sportive particulière. Il est le premier noir burundais à avoir pratiqué le judo avec les blancs à l’entente sportive en 1963-64.

Aujourd’hui, il est le seul burundais à enseigner le yoga-thérapie, travail qu’il fait soit à domicile, soit à travers le club ‘Fitness Club’ située à la Galerie Alexander, tout prêt de la place de l’indépendance à Bujumbura.

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Comme bénévole maintenant, il s’occupe des projets au Centre Burundais de Lecture et de l’Animation Culturelle, CEBULAC, à Bujumbura.
Kamurari Nicodème ne veut pas parler des événements sanglants qui ont endeuillé le Burundi, mais il regrette des cas de tueries fratricides qui se sont succédé pendant la période postcoloniale.
« Toute personne consciente, qui a vu ce qui s’est passé après l’indépendance ne peut en aucun cas manquer à regretter.
« C’est vraiment regrettable que nous soyons envahis par cette animosité à caractère ethnique et raciale, qui a fait que nous commettions les mêmes fautes que nous attribuions aux colonisateurs, » dit Kamurari.
Il conseille à la jeunesse de sauvegarder l’indépendance en renforçant l’unité, la paix, l’amour et en s’attelant beaucoup plus au travail, source de la survie et pilier de l’indépendance.
« Izina, Iteka, Icubahiro (traduction française : Nom, Honneur, Dignité), c’est ma devise. »
A la jeunesse de prendre en considération cette recommandation de l’un des ces vieux sages ayant servi pour l’indépendance.

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